L'orthographe en crise à l'école, et si l'histoire montrait le chemin ? d'André Chervel
Au travers d’un livre accessible à tous, André Chervel nous montre l’évolution de l’écriture du français mais aussi celle de l’apprentissage du français du XVII° siècle à aujourd’hui. Voici quelques grandes lignes :
Avant 1650 le français était très difficile à lire (beaucoup de « s » muet, le « oi » était prononcé « é », le « i » et le « j » pouvaient s’inter-changer...)
L’apprentissage du Français se fait à partir du latin, les élèves apprennent d’abord à lire puis à écrire (graphologie), vient seulement ensuite l’apprentissage de l’écrit expressif ou libre.
De 1630 à 1835, l’écrit du français subit énormément de réforme, pour le rendre accessible à tous. Les grands réformateurs sont avant tous les enseignants eux-mêmes mais aussi l’imprimerie (puisque le français se développe dans toute l’Europe et que le contexte religieux et sociétaire incite les individus à apprendre à lire).
« Ces réformes peuvent se classer en 3 catégories :
- suppression des lettres muettes inutiles,
- tendance à établir une relation biunivoque entre les lettres,
- régularisation des séries morphologiques. »
Du point de vue pédagogique, c’est Jean Baptiste de la Salle qui, à partir de 1700, crée la progression de l’apprentissage du français. A partir de 1732, la grammaire apparaît clairement grâce à Pierre Restaut, qui distingue 2 orthographes : -Grammaticale
- lexicale.
Mais les problèmes didactiques se posent vraiment au XIX° siècle, avec l’arrivée des « primo-arrivants » dans les écoles.
La maitrise de l’écrit du français expressif (ou libre) n’est obligatoire pour les maitres qu’à partir de 1833. Le français est maintenant une matière à part entière et prévaux sur les mathématiques et les sciences dans les examens.
C’est Jule Ferry, avec Ferdinand Buisson, qui imposent l’apprentissage de nouvelles matières : l’histoire, la géographie...
Il est surprenant, de nos jours, de savoir qu’en 1829, 69 % des maitres d’écoles ignoraient l’orthographe (le chiffre monte à 90 % pour les maitresses).
Le niveau en français est au summum à la fin du XIX° et au début du XX° siècle. En moins d’un siècle, le niveau a dégringolé !
« Les élèves de 1994 (12 à 14 ans) faisaient 2,5 fois plus de fautes que leurs camarades de 1923-1925, alors que l’épreuve de la rédaction est très nettement plus réussie par les premiers. »
Encore plus inquiétant :
« Le niveau 5ème de 2005 est égal au niveau CM2 de 1986-1987
Le niveau 3ème de 2005 est égal au niveau 5ème de 1986-1987
=> il y a donc 1 an ½ d’écart dans l’acquisition de l’orthographe en moins de 20 ans »
A la vision de cette histoire, on peut s’interroger sur le devenir du français. Je ne suis pas une grande partisane du « bon français », puisque mon niveau (comme vous l’avez surement déjà constaté) n’est pas des meilleurs. Mais j’ai 3 enfants en bas âge, dont le plus grand entre en CP l’année prochaine.
Que va devenir le français dans 10 – 15 – 20 ou 30 ans ?
Va-t-il devenir, comme le dit A. Chervel, une langue noble accessible à certaines personnes issues d’un certain milieu, source de discrimination ?
Ou
Va-t-il être simplifié pour un apprentissage moins long et surtout moins difficile ?
Ces questions en amènent d’autres :
- Quelle est la valeur du français sur la réussite professionnelle ?
- Faut-il réduire les autres matières pour mettre en avant le français ou peut-on travailler, à partir des autres matières, le français ?
...
Quand on voit des affiches sur les fenêtres des classes avec de « belles fautes », des polycopiés destinés aux élèves avec des « s » oubliés ou une conjugaison mal utilisée, on peut s’interroger, en effet sur l’importance de ce français.
Surtout que les personnes qui maitrisent le mieux le français de nos jours sont nos parents et grands-parents, que va-t-il rester quand-ils ne seront plus de ce monde ?
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